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Ensemble 39/97Lorsque la désobéissance devient une vertuLe cas d'un fonctionnaire qui refusait la barbarieDans cette année européenne, qui se veut contre tous les racismes, une fois de plus il nous semble indispensable de garder soigneusement en mémoire les atrocités du nazisme, pour mieux comprendre les embûches du présent et pour donner aux jeunes générations les moyens de se défendre et de lutter contre toute forme d'intolérance et de discrimination.Il y a cinquante ans, Primo Levi, rescapé de Auschwitz, publiait un de premiers témoignages de l'horreur des camps: "Se questo è un uomo (Si c'est un homme)". Il avait commencé à l'écrire tout de suite après son retour à Turin, en 1946, comme si c'était une obligation morale, pas seulement envers les victimes, mais aussi face à ceux qui ne savaient pas ce qui s'était passé. Dans les années qui suivirent, cet ingénieur chimique, écrivain malgré lui, n'arrêta jamais de parler, dans ses livres, de son expérience tragique, liée à celle de millions d'autres, qui désormais ne pourraient plus la dire. Parler, écrire, se souvenir, voilà la consigne, afin que tout cela ne se reproduise jamais. Garder mémoire de ceux qui ont su résister, s'opposer, au risque, souvent au prix même, de leur vie. Ils sont nombreux, parfois inconnus du grand public, parfois ils sortent de l'oubli après des dizaines d'années, par hasard ou par la volonté de ceux qui n'ont jamais arrêté de chercher dans les plis de l'histoire.
Né en 1909 près de Avellino, dans la région de Naples, il arriva à la préfecture de Fiume en 1937, en provenance de Turin, où ses supérieurs n'avaient pas su suffisamment apprécier son indépendance intellectuelle. Fiume était une ville de frontière, au-delà du fleuve il y avait la Yougoslavie. En Istrie et en Dalmatie la communauté juive était consistante depuis des siècles, mais son nombre augmenta considérablement avec l'arrivée des juifs de l'Europe orientale, suite aux lois raciales imposées par Hitler. Le 17 novembre 1938 une loi "pour la sauvegarde de la race italienne" fut adoptée aussi par le régime fasciste. Palatucci essaya alors, avec tous les moyens, d'échapper aux contraintes des règlements, jusqu'à les ignorer même, chaque fois qu'il lui était possible. Beaucoup d'Israéliens âgés de plus de soixante ans se souviennent encore d'avoir été accueilli dans le diocèse de Campagna, près de Salerne, où l'évêque était un oncle de Palatucci, à qui le fonctionnaire les envoyait. En tant que juifs étrangers, la loi prévoyait qu'ils soient regroupés dans des lieux de recrutement. En le confiant à son oncle, Palatucci savait qu'il n'y aurait aucun danger pour eux. D'après les documents et les témoignages, on peut considérer que au moins cinq mille personnes ont reçu l'aide du fonctionnaire, soit par le biais de l'envoi à Campagna, soit par une action plus proprement clandestine. Palatucci ne partageait pas l'antisémitisme du régime fasciste et essayait de faire tout ce qui lui était possible pour en atténuer les conséquences. Il se considérait serviteur d'un État qu'il ne voulait pas voir plonger dans la barbarie. En Istrie, comme ailleurs, les choses se précipitèrent après le 8 septembre 1943, avec l'occupation allemande, lorsque la police italienne fut pratiquement désarmée et mise à l'écart. Palatucci, devenu entre-temps préfet, en sachant que les nazis arrêtaient les juifs pour les envoyer dans les camps de concentration, commença systématiquement à en effacer les noms des listes, à en détruire les dossiers, à les prévenir pour qu'ils se cachent, à leur trouver des refuges. Il arriva même à les faire embarquer sur des bateaux de pêcheurs, qui clandestinement les conduisirent au Sud, au delà des lignes. Les Allemands mirent presque un an pour s'apercevoir que beaucoup de juifs disparaissaient littéralement sous leurs yeux, peut être quelqu'un leur souffla quelque chose. C'est ainsi que la nuit du 13 septembre 1944 la Gestapo se présenta au domicile du préfet et l'emmena, en le renfermant d'abord dans la prison de Trieste, pour l'envoyer à la fin du mois d'octobre en Allemagne. Un de ses collaborateurs, qui le vit partir enfermé dans un wagon à bestiaux, après l'avoir appelé, reçut comme seule réponse un feuillet, lancé par la grille, dans lequel Palatucci avait marqué l'adresse d'un enfant qui voyageait dans le même train, pour qu'on puisse prévenir la famille. Une très grave accusation, celle de conspiration contre l'État, justifia auprès des autorités fascistes italiennes l'arrestation et la condamnation du préfet. Giovanni Palatucci mourut à Dachau, parmi tant d'autres victimes, le 10 février 1945, à quelques mois seulement de la fin de la guerre. Maria Luisa Caldognetto Bibliographie: Goffredo Raimo, A Dachau per amore,
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